Toi, Turquie, regardes-tu par le judas pour ouvrir ou pour mieux cloisonner ta porte à ton voisin, la Syrie?
Je marche sous un soleil charbon, sombre, dense et intense. Mon foulard s’échappe de mes épaules. Je le glisse sur ma chevelure brûlante. J’aperçois un panneau. Il indique mosquée Omeyyade. Je traverse la cour centrale, me déchausse et jouit d’un silence apaisant. Je regarde les dalles de pierre blanche et noire qui recouvrent le sol et dont les motifs géométriques valsent dans ma tête, puis s’arrêtent soudainement. Une personne sans âge s’avance vers moi d’une allure saccadée et me lance de sa voix roque mais fragile « le thé, c’est pour moi! ». Il tend son verre en forme de tulipe, me sourit avec malice et repart sans se préoccuper. La boisson glisse dans ma gorge tel un soulagement. Je le remercie discrètement pour ne pas le déranger. « C’est moi qui vous remercie d’être venu » me répond t-il. Il semblait satisfait de m’avoir croisée. J’étais heureuse de l’avoir rencontré. Cet homme au visage singulier porte un nom universel en Syrie : la générosité. Le thé du vieil homme d’Ommeyade, les friandises des enfants d’Alep, les fruits de Palmyre, les parties de tavla de Damas.
Peu m’importait de revoir ces personnes. Peu leur importe de me revoir. Nous vivions un instant de partage éphémère mais intemporel.
Mais aujourd’hui une question me hante. Inconnu, te reverrai-je un jour ? 20 mois se sont écoulés depuis notre dernière rencontre. Je n’ai pas pensé à toi. Puis un jour de 15 Mars 2011 une révolution a éclaté à Deraa avant de se propager dans tout le pays. On lui a donné le doux nom de printemps arabe. Cette saison marque le réveil des idées alors hibernées de liberté. En attendant le bourgeonnement de la démocratie, Syrie, je ne t’oublierai pas et je reviendrai humer ton parfum d’affranchissement.
Cela fait un an déjà que les combats font rage en Syrie. Je ne peux rester indifférente.
Photos prises en Syrie par mademoiselle Istanbul au printemps 2010:






Mes pensées vont vers cet homme… ce sage qui vous a offert le thé…tout un symbole…Puisse le printemps 2012 voir refleurir un climat de paix…
Mademoiselle Istanbul,
Est ce que vous pensez que la Turquie est indifférente à son voisin?
L’ accueil aux frontières de milliers de réfugiés n’est pas facile à gérer ….
Gulseren, je n´ai pas de réponse. Ceci reste une interrogation. La Turquie accueille les réfugiés syriens mais ne condamne ni le régime ni les massacres… La conscience n´est pas du monopole de l´Etat mais des hommes. Nous devons prendre conscience de ce qui se passe sur le palier de notre porte, français, turcs, européens… citoyens du monde.
Merci Olivier. Gardons en tête ces regards emplis de joie, en espérant les retrouver bientôt.
bel article et jolies photos !
quand on voit les mines radieuses des petits vendeurs ambulants on a du mal à croire ce qui se passe là bas en ce moment ;
J’espère un jour moi aussi découvrir ce beau pays et rencontrer ce peuple courageux et semble t-il très accueillant
Courage à eux pour tenir pendant cette période très sombre
Olivier