Voyage au bout de la nuit d’Istanbul à Thessalonique

Publié le22 juin 2010

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Un courriel s’expédie de l’autre côté du globe en une fraction de seconde. Une information se propage dans le monde entier en quelques minutes. Un avion vous dépose à des milliers de kilomètres en quelques heures. Les réseaux sociaux vous connectent à plus de personnes que vous n’espéreriez en croiser dans votre vie. Voici le luxe que nous offre ce millénaire. Vivre à une cadence démesurée, dictée par l’innovation et les nouvelles technologies. Si la Turquie m’a apprise quelque chose, c’est voyager autrement, à un rythme naturel, humain, en prenant mon temps. Je n’avais plus envie de monter dans une carcasse volante. Quitter un pays le matin, arriver dans un autre quelques heures plus tard, 15 degrés en plus, 5 heures en moins, le corps ravagé et l’âme esseulée. Les portes ont toujours été terrestres. Pourquoi ne plus les emprunter ?

Le train Filia/Dostluk Express qui nous mène d’Istanbul à Thessalonique est une expérience mémorable dans cette quête de réalité. Le voyage commence à la gare de Sirkeci sur la rive européenne d’Istanbul, qui faisait jadis siffler le départ du prestigieux train Orient Express. La gare est mystérieusement calme. Elle semble retenir son souffle. Peu de passagers sur le quai mais une excitation commune. On s’observe. Qui sera votre voisin ou compagnon de cabine? Malheureusement, peu de Turcs dans les wagons de ce ‘Train de l’amitié’. Mis en place en 2005, il soulignait les efforts d’amitié entre la Grèce et la Turquie et permettait enfin de lier les deux pays par un moyen de transport terrestre fiable. Le train fut inauguré en grandes pompes par le Ministre Grec des transports Michalis Liapis, son homologue Turc et le Premier Ministre Turc Recep Tayyip Erdogan.

L’itinéraire emprunté par le Filia/Dostluk Express est riche puisqu’il traverse plus d’une dizaine de villes: Istanbul, Alpullu, Pehlivanköy, Uzunköprü, Pythion, Alexandroupolis, Komotini, Xanthi, Drama, Serres, Rodopolis, Kilkis et enfin Thessalonique.


Cette escapade en train couchette de plus de 12 heures nous offre un spectacle foisonnant : parade de la nature, fantasmagorie des paysages et éveil des sens. Le ciel se pare de ces différentes robes. Bleu clair, bleu ocre, bleu lunaire, bleu nuit puis nuit noire. Un dégradé de couleurs habille les différents tableaux qui défilent au chancellement du train.

On frôle les maisons en bois rafistolées d’Istanbul, on s’eloigne de ses banlieues et de ses terrains éternellement en construction, on longe les remparts de la ville et on s’approche d’une nature plus douce, la Mer de Marmara. Les images s’entremêlent. On se laisse bercer par le roucoulement de la locomotive et on s’endort paisiblement. Au petit matin la lumière du jour nous réveille pour nous dévoiler un horizon de champs, de montagnes et d’habitations brinquebalantes.


Le voyage est agréable. Les cabines sont spacieuses et bien équipées (lit-couchette, draps frais, nécessaire de toilette, climatisation et veilleuse individuelle) et ferment à clef pour plus d’intimité et de sécurité. Le personnel est chaleureux et disponible. Les autres voyageurs, souvent solitaires ou en couple lient facilement contact.

Seul le réveil mouvementé à 2heures du matin au passage du poste frontière et l’absence de wagon-restaurant restent à déplorer. Détails vite oubliés face aux services de qualité prodigués pour un prix très raisonnable puisque l’aller-retour ne coûte que 100euros. Une bonne alternative au bus, plus rapide, moins cher mais aussi moins confortable. On ne s’étonne pas que le Filia/Dostluk Express se classe parmi les 8 meilleurs trains de nuit en Europe (Lonely Planet).

Ici, le site de TCDD, compagnie de chemins de fer turcs.

Ici sur le site seat61.com, plus d’informations sur les trains au départ d’Istanbul.

Crédit photo : Mademoiselle Istanbul

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