La colonne des faits divers des journaux turcs semble faite de redites où les femmes occuperaient le rôle principal. Le mauvais traitement des femmes, loin d’être une curieuse particularité, est un fléau social qui écorne de manière inéluctable l’image du pays.
Crimes d’honneur, violences et abus divers: archaïsmes fabulés par les médias occidentaux? Difficile à définir si on s’appuie sur les faits. Car se grime derrière la 15ème puissance économique mondiale un pays fragile qui tangue encore face au nouveau défi de cette décennie : l’intégration et la protection de ces minorités. C’est devant un auditoire composé de l’opinion publique, d’organisations internationales et de partenaires économiques que le gouvernement Turc devra convaincre.
Comment justifier une fois de plus les chiffres accablants delivrés par les Nations Unis?
En 2009, la Turquie se classe 101ème sur 109 pays en terme de ‘gender empowerment measure’, un indicateur mesurant l’égalité entre hommes et femmes, soit juste devant le Tonga, l’Iran, le Maroc, l’Algerie, l’Arabie Saoudite, l’Egypte, le Bangladesh et le Yemen.
Malgré la considérable avancée entreprise sous la gouvernance de Mustafa Kemal Atatürk, la Turquie doit se relever de stigmates profonds. Le poids de pratiques traditionnelles restent ancrées dans les différentes strates de la société. La semaine dernière le quotidien Hurriyet Daily News y faisait encore écho à travers l’article dénonçant la tentative de suicide d’une adolescente de 17 ans, résultant de son union à un homme d’affaire de 54 ans son ainé. Cette alliance avait à l’époque soulevé l’opinion publique et scandalisé les medias. Cependant le mariage juvénile reste une solution fréquente, sous une pression patriarcale forte, pour sortir une famille entière de la pauvreté. Le taux s’élèverait à 37% en Turquie, allant jusqu’ à 68% dans la région du sud de l’Anatolie (source provenant de l’organisation turque ‘balai volant’, fondée en 1996 pour établir un réseau entre les differentes ONG de droits des femmes).
Selon le rapport des Nations Unis près de la moitié des femmes turques sont victimes de violences conjugales (42% d’ordre physique et sexuelle et 44% d’ordre physique et psychologique).
En ce qui concerne le marché de l’emploi, la situation des femmes reste également critique. En 2009, les hommes participaient à hauteur de 70,5% à la force de travail contre seulement 26% pour les femmes. Et elles sont 70% à travailler gratuitement en zone rurale pour le compte de l’entreprise familiale.
Les femmes turques bénéficient aussi de ressources financières moindres du fait des emplois peu qualifiés qu’elles occupent, et, quand elles se hissent au même poste que leurs homologues masculins ces dernières sont 20% à 30% moins rémunérées. 59% d’entre-elles ne bénéficient d’aucune couverture sociale.
A noter que cette tendance n’est pas l’apanage de la Turquie puisqu’au niveau mondial, les Nations Unis nous font remarquer que les femmes contribuent aux 2/3 des heures travaillées alors qu’elles ne gagnent seulement qu’un dizième des recettes mondiales engendrées.
Pour atteindre une égalité des sexes, les Nations Unis prônent la participation des femmes dans les processus decisionnels, la prévention contre la violence ainsi que le rejet de clichés négatifs dont elles sont victimes.
Vers une nouvelle mouvance?
En 2009, le gouvernement Turc a entrepris une succession de mesures en faveur des droits des femmes, félicitée par les Nations Unis. Un projet a été lancé sur les 3 villes pilotes d’Ankara, de Gaziantep et de Konya pour renforcer l’emploi des femmes. L’accès aux écoles primaires aux enfants socialement exclus a été renforcé avec un accent donné aux filles (en collaboration avec l’Unicef) et le Mémorandum sur le travail décent opéré par l’Organisation Internationale du Travail pour promouvoir l’équité entre sexes et le travail des femmes a été signé par la Turquie.
Cliquez ici pour consulter le rapport des Nations Unis
Photo de l’association ‘les balais volants’, vu sur Hurriyet Daily News.


Publié le9 avril 2010
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