Lettre à Pippa, la mariée se voile de noir

Publié le8 mars 2010

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Pour la journée de la femme, chaque employée de mon entreprise a recu une fois de plus une magnifique rose. L’événement fait désormais parti du paysage turc. On ne peut pas l’ignorer. Journaux et télés en font l’écho.

Pour cette occasion, j’ai décidé de revenir sur le destin de Pippa Bacca.

L’histoire débute il y a un peu plus de deux ans par l’initiative d’une jeune artiste italienne qui décide de promouvoir un message de paix et de confiance entre nations mais surtout entre hommes. Son projet “Epouses en voyage” consiste  à traverser différents pays en auto-stop, de Milan à Jérusalem vêtue d’une robe de mariée blanche. Hélas son trajet aura une fin tragique puisqu’elle sera retrouvée violée et assassinée  à Gebze, ville limitrophe d’Istanbul.

C’est aujourd’hui pour lui rendre hommage que la réalisatrice turque Bingöl Elmas, poursuit son itinéraire dans le documentaire “Ma lettre à Pippa”. Il commence où Pippa a été appercue pour la dernière fois et se poursuit dans une traversée de la Turquie sur plus de 1500km jusqu’à la frontière Syrienne.

Ce documentaire n’a pas une vocation de reconstitution, mais est au contraire fortement théâtralisé. La robe de Pippa, désormais souillée, se voile d’une couleur de deuil. Cette noirceur est elle-même parsemée de petites notes blanches où sont inscrits extraits des droits des femmes et noms de victimes atrocement violées. La mariée, quant-à-elle, est toujours accompagnée d’un cameraman visible de tous. Elle rentre aussi volontairement dans le jeu de ces interlocuteurs pour provoquer cascades de paroles, réactions et émotions.

L’objectif de Bingöl Elmas est de montrer à travers ces différentes rencontres le regard porté par la société sur les femmes, qu’il s’agisse de celui d’hommes, d’enfants ou encore d’autres femmes. L’héroine de ce documentaire sera tantôt prise pour une prostituée, une marginale ou un simple “objet” .

La théâtralisation du documentaire, le ton du message… peut être aisément remis en cause. Mais Bingöl Elmas met en exergue la question sur la libre circulation de la femme et la pleine maîtrise de son corps et de son identité, sujets qui restent d’actualité et ne touchent pas uniquement la Turquie.

“Lettre à Pippa” a été programmé sur la chaîne Arte en janvier dernier,  au festival du film indépendant d’Ankara et d’Istanbul et aujourd’hui pour la journée de la femme. Vous pourrez aussi le retrouver lors de prochains festivals en Turquie.

Publié dans : CULTURE, SOCIETE, SORTIR